Le journal d'istok

Bienvenue au village de Clairval, et ses alentours sauvages...
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dupuisfrederic
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Le journal d'istok

Message#1 » 17 janv. 2018, 16:39

Journal d’Istoc Frapatruc

Jour 1 :
Deux mois, je crois, se sont écoulés depuis les événements de Clairval. Je dois
avouer que le temps m’a échappé. J’ai commis l’erreur de penser que le peu de gloire que
j’ai pu récolter me suffirait, que je pourrais finir ma vie ici et que les gens me
respecteraient. C’était mal me connaître. Le temps m’a échappé, disais-je, mais il a fini par
me rattraper comme il le fait souvent. C’est ainsi qu’il fonctionne, le temps.
Le Baron Rodrick nous a à nouveau réunis, Ealdor et moi ; l’autre hurluberlu de
Geld vaquant à ses occupations étranges de communion avec la nature. Je serais
honnête en avouant que j’apprécie ces deux gars, même si le moine est assez impulsif et
qu’il m’effraie parfois, et que le druide apparaît comme un véritable mystère à résoudre à
mes yeux. Quant au baron, même si Ealdor lui voue une adoration sans limite, je me méfie
de lui. Il me semble qu’il veut laisser paraître à ses ennemis une faiblesse supérieure à la
sienne ; mais qui sont réellement ses ennemis ?
Nous avons marché vers le sud un long moment. Il s’agissait, si mes souvenirs sont
bons, de rejoindre et mener un convoi de vivres jusqu’à Clairval. Comme je l’ai dit, le
temps m’échappe ici, et ma mémoire avec. Une mélancolie étrange suit chacun de mes
pas depuis peu, telle une ombre sournoise s’étendant sous mes pieds. Je sens que mes
liens avec la magie changent, ou que la magie elle-même est touchée par un changement
quelconque. Les ténèbres ne sont pas loin, me semble-t-il. Mais après tout, qui suis-je
pour parler de ce genre de choses ? Rien de plus qu’un gnome frôlant du doigt des
sortilèges que je ne comprends pas.
Nous avons rattrapé le convoi au sud de l’auberge du pont. Il pleuvait à-verse, mais
est-ce vraiment nécessaire de le signaler ? Vomir leur pluie, c’est tout ce que savent faire
les cieux ces derniers temps. Trois hommes en plus du conducteur accompagnaient le
chariot. Un elfe des bois sans doute, je reconnais facilement leur manière de se mouvoir, à
ces gens-là. Un humain, gigantesque dirais-je, mais tout le monde l’est à mes yeux. Un
noble se demandant ce qu’il pouvait bien faire ici, armé tout de même, je remarquais. Par
la suite, j’apprenais leur nom : Grydin, Erik et Julius Mortemyre. J’aurais préféré ne pas le
rencontrer, ce dernier.
Mener le chariot vers le nord a été un calvaire et une aide des dieux n’aurait pas été
de trop ; nous n’en avons reçu aucune. Pire, cette pluie horrible s’est renforcée. D’une
manière ou d’une autre, nous avons atteint Clairval. Comment, je ne saurais le dire. Dans
quel état en revanche, je pourrais le dire : déplorable. Oh, maintenant que j’y pense : drôle
de manière qu’ont les gens du coin de se comporter. Ils toussent, suent et laissent leur
peau se couvrir de tâches verdâtres. Ils semblent tous vulnérables à l’épidémie, sauf moi.
Mes compagnons décident d’aller chercher un remède, plus pour eux-mêmes que pour les
habitants de Clairval, je pense. Ils y parviennent, mais je dois avouer que cette aventure
m’est un peu sorti de la tête ; ou que j’ai décidé de me forcer à l’oublier. Il était question
d’un arbre à fruits magiques, d’araignées d’au moins quinze mètres et de milliers de
gobelins. Moi, de mon côté, j’électrocutais mes compagnons. Un regain d’énergie pour
eux, en quelque sorte. Bref, passons.
Désormais, nous sommes de retour à Clairval. Le baron aveugle, mais pas
vraiment, nous dit que le convoi n’est pas pour lui et que nous devons l’apporter au Fort-
boueux, plus au nord. Beaucoup plus au nord. Je suis tenté de refuser, mais j’aime bien
trop la gloire pour ça.

Jour 2 :
La route a été longue. Nous nous sommes embourbés un nombre incalculable de
fois et nous avons bien failli y passer. Je ne me souviens plus de la manière dont il s’y est
pris, mais Geld a fini par nous rejoindre dans notre entreprise. Il est étrange et parle avec
des animaux, alors je décide en général de ne pas me poser de questions lorsqu’il tombe
du ciel comme il le fait souvent. Au prix d’efforts surhumains, nous avons atteint le village
de Vireux. Très sympathiques, ces humains-ci. Bruyants, certes, mais sympathiques.
Nous y avons pris un semblant de repos, entrecoupé d’une bonne dose de bière et de
vinasse. Je m’y suis amusé, chose rare ces derniers temps. Je suis même parvenu à
oublier que Julius Mortemyre et son arrogance sans égal nous suivaient depuis le début.
Mon avis sur Julius ? Je serais tenté de dire que je le déteste, mais ce serait lui donner
plus d’importance qu’il n’en mérite. Disons que s’il tombe dans un trou sans fond, je ne
serais pas le premier à sauter pour tenter de le rattraper. Grydin en revanche, doit avoir la
langue desséchée à force de lui lécher les bottes. Bref. Je me suis amusé, donc. Il me
semble qu’Erik s’est dégotté une demoiselle, même s’il refuse de l’avouer et qu’il rougit
dès que je mentionne son nom.
Le temps nous rattrape toujours disais-je ? Ah oui, ça a évidemment été le cas.
Nous avons réglé son compte à un éclaireur Orque et avons découvert sur son cadavre un
objet étonnant : un bracelet. Je ne l’ai pas reconnu, mais cet idiot de Mortemyre, oui. C’est
celui de sa sœur, et je pense que c’est assez mauvais signe.

Jour 3 :
Le Fort-boueux a finalement montré le bout de son nez, et il est beaucoup moins
gros que le mien. Minuscule ce fort. Presque autant que le château du baron. J’avais
pensé qu’il était gigantesque, trônant impérialement et faisant glorieusement barrage aux
viles créatures du nord. Drôle de manière de faire barrage que de laisser ces dites
créatures s’emparer du fort. Ealdor s’est blessé plus d’une fois en tentant d’escalader les
murs, cela dit ; on lui doit bien ça à ce fort.
J’ai déplacé magiquement la majorité des compagnons jusqu’au chemin de ronde.
Inutile de préciser que j’ai senti mon énergie magique me quitter progressivement pour
laisser un grand vide que je peine à combler. On m’a hissé au sommet du mur, mais ça n’a
été en rien une victoire. Ces imbéciles ne savent pas ce qu’est la discrétion, étonnant pour
deux elfes, un demi-homme et un voleur. Attaqués de tous les côtés par des orques d’au
moins vingt mètres, c’est ainsi que je décide de m’en rappeler, nous n’avons pas eu
d’autre choix que de gravir une tour et s’y barricader. Ils y ont mis le feu, ces enfoirés.
Si je devais décider d’un instant parfait pour enfin comprendre tous les secrets de
ma magie abstraite, j’aurais choisi celui-ci. Et c’est exactement ce qui s’est passé. Mon
heure de gloire, sans doute. J’aime bien endormir les gens lorsqu’ils m’ennuient ou qu’ils
parlent de trop ; j’adore endormir des orques lorsqu’ils m’attaquent. Comme toujours, le
moine a réalisé ses danses fluides et terribles. Connaît-il seulement la gravité ? Non, on
dirait. Des coups bien placés, des vertèbres broyées, et tout ce qui s’ensuit. Bon, même si
je peine à l’avouer, je n’ai pas été le seul à réussir ce que j’entreprenais. Les nuées
d’insecte du druide, les carreaux d’arbalète de l’humain et les flèches de l’elfe des bois ont
fait mouche. Les orques ont morflé presque autant que nous. Évidemment, ils ont
effrontément refusé de mourir avant d’allumer un feu immense au sommet de la tour
ouest. Têtues, ces créatures.
Nous avons secouru les chevaliers du fort et la Dame Andra Mortemyre, tristement
célèbre pour être la sœur de notre poids mort Julius. Dans de tristes états, surtout cette
pauvre Andra. Je me souviens pourtant encore de toute la prestance qu’elle possédait. À
ses côtés, je me sentais plus fort. C’est sans doute la raison qui nous a tous poussé àrester dans ce lieu maudit au lieu de fuir vers le sud. Se préparer à la bataille, c’est
difficile ; se préparer pour une bataille dans laquelle nous savons pertinemment que nous
allons périr, ça l’est plus encore. Andra a parlé de centaines d’orques, je parle aisément
d’un millier. Ils sont arrivés par le marais devenu lac, sur des radeaux. Nous les avons
accueillis comme l’exige la bienséance : avec nos catapultes et nos projectiles enflammés.
Je me plais à croire que nous en avons tué suffisamment pour faire une différence
et sauver les cités du sud, mais est-ce seulement réaliste ? Nous avons fui lorsque la
situation devenait ingérable. Nous avons manqué leurs lames de très peu. Du Fort-
boueux, il ne reste aujourd’hui que des cendres, et c’est tant mieux. Cet endroit était
sinistre comme la mort. Andra et Julius nous ont quittés. Je le pense fermement. C’est
également le cas de tous les chevaliers du fort, mais de nombreuses autres personnes
mourront par la suite, ça ne fait aucun doute. Alors autant ne pas s’attrister de voir les
premiers périr héroïquement.
Voilà donc où nous en sommes. Vireux, le village du promontoire rocheux.
Certainement notre ultime étape. Quoique, le destin peut parfois se montrer malicieux.
Après tout, nous avons tenu un certain temps dans le fort avant de se replier. Tenir alors
que nous n’étions que deux elfes, un haleflin, deux hommes, une prêtresse et un gnome,
ce n’est pas rien. Alors pourquoi pas ?
Pourquoi pas ? Eh bien, parce qu’ils sont un millier. Voilà pourquoi.

Jour 4 :
La guerre est rarement plus qu’une simple idée. Nous savons tous qu’elle est réelle,
mais elle ne nous touche jamais. Elle reste lointaine et nébuleuse. Jusqu’au jour où elle ne
l’est plus et que vous vous retrouvez pris dans la bataille. Votre sentiment de terreur
s’installe progressivement, mais il n’atteint son apogée que lorsque sonne le cor de guerre
ennemi. Drôle d’instrument que cette corne et drôle de pouvoir que celui qu’elle possède.
Si on y réfléchit, ce n’est qu’un bruit, n’est-ce pas ? Eh bien non, car ce son vous traverse
d’un bout à l’autre et réduit votre courage à l’état de fœtus. Je n’aurais jamais cru avoir
l’occasion de réécrire dans ce journal un jour, et pourtant. Je me souviens encore du
visage crispé de mes compagnons lorsque les premiers Orques sont apparus au loin. J’ai
tenté de cacher ma propre terreur, mais je n’étais pas dans un meilleur état qu’eux. Nous
avons eu plus de répit que nous ne le pensions, car l’armée ennemie n’a pas attaqué
immédiatement : un jour entier pour organiser les défenses, et quelles défenses ! Tout le
monde y a mis du sien. Les palissades ont été renforcées, les portes ont été bloquées et
des barricades ont été fabriquées dans chaque recoin du village. Nous avons changé
Vireux en Fort-Vireux. Mais pour combien de temps ? — pensions-nous alors. Andra et
Julius Mortemyre nous sont revenus, accompagnés de la dernière quinzaine de chevaliers
de Fort-boueux encore debout. Finalement, Andra et eux sont plus robustes que je ne le
pensais. En tout cas, ils l’étaient. Les Orques ont avancé.

Jour 5 :
Un jour, Ealdor a été voir une diseuse de bonne aventure qui lui a parlé d’une
vague verte apportant la mort. Ça n’a été que lorsque les armées du nord ont lancé
l’assaut que nous avons compris la signification de cette prophétie. C’est difficile d’oublier
le visage de tous ceux que nous avons tués, ça l’est d’autant plus lorsque ces créatures
vous attaquent une seconde fois. La Nécromancie est une vilaine chose, selon moi. Un
Art, certes, mais qui vous putréfie l’âme au lieu de vous l’embellir. À choisir, je préfère tuer
que ramener à la vie.Nous avons été surpris par les zombies et leur force surhumaine. La porte n’allait
pas tenir bien longtemps sous leur poids et il fallait faire quelque chose. Je ne suis pas un
spécialiste de la guerre, mais je ne crois pas que la bataille soit le plus important. Je
pense que pour gagner une guerre, les soldats sont nécessaires, mais il faut surtout de
fins stratèges. Comme je l’ai déjà dit, je ne comprends ni Geld, ni son Art ; je comprends
en revanche son génie. Nous avons ouvert les portes sous ses ordres et laissé les
créatures d’outre-tombe pénétrer dans le village, puis je les ai refermées avec ma
télékinésie. Si l’on a déjà côtoyé des zombies, on connaît leur entêtement à ne pas re-
mourir. Ils ont déjà vu ce qu’il y a après la fin, peut-être ne sont-ils pas convaincus ? Les
rapières, les flèches et les lances sont inefficaces contre eux ; les haches des villageois
font cependant l’affaire. Les zombies se sont laissés découper comme du bois trop sec.
Après de longues négociations, ils ont accepté de regagner leur tombe, mais ont arraché
des bouchées de peau et des vies au passage. Je suppose que c’est le prix à payer.
La vague suivante s’est fracassé le nez contre les portes à nouveau closes ; de
vrais orques cette fois, véritablement vivants. C’est à cet instant que j’ai décidé de gagner
l’ouest, tandis que Grydin est parti diriger les troupes de l’est et que les trois autres sont
restés au sud. Nous avons attendu. On pourrait croire que la bataille est une chose
terrifiante, mais c’est faux. Lorsque vous vous battez pour votre vie, il n’y a plus de place
pour le doute dans votre cœur. Vous êtes né avec l’instinct de survie, et même s’il est
endormi, il s’éveille toujours au bon moment. En réalité, c’est le silence qui précède la
bataille qui est le plus terrifiant. Cette attente est si pétrifiante que certains hommes
profitent de l’instant pour se mettre à hurler. Je n’ai pas hurlé. Je n’ai pas prié. J’ai souri.
La vague verte a déferlé par trois côtés. Certains remous se sont broyés contre la
palissade, tels des houles se brisant sur les écueils ; d’autres ont submergé le Fort,
l’engloutissant sous leur fureur. J’ai résisté. J’ai usé de mon sort de sommeil comme
jamais auparavant, j’ai dépassé les lois de la magie et de ses limites, et j’ai soufflé mon
sable somnifère jusqu’à m’en crever les poumons. Les Orques se sont effondrés,
davantage sous la force de mes convictions que sous la puissance du sort lui-même. J’ai
endormi les Orques et mes hommes les ont achevés sournoisement. Je n’ai pas honte de
l’admettre, car il n’y a pas de coups bas dans une bataille aussi sanglante que celle-ci. Il
n’y a que la défaite ou la victoire. J’opterai toujours pour la seconde option.
J’ai reçu une flèche que j’ai à peine sentie sous le coup de la démence guerrière.
Un de mes hommes, si je peux les appeler comme ça, m’a préservé d’un autre projectile
en ayant l’amabilité de se trouver sur sa trajectoire. Il est tombé comme un fruit trop mûr,
mais je ne suis pas parvenu à ressentir la moindre peine. Je me suis laissé emporter par
ma folie et j’ai manié ma magie de plus belle. Et j’ai flanché. Vous faire flancher, c’est la
spécialité des épées longues, lorsqu’elles sont bien maniées. La lame faisait ma taille, ou
plus. Je l’ai vue transpercer mon corps et j’ai su que c’était la fin. Une délivrance. Si on
apparente la vie à une succession de choix aux conséquences toutes plus douloureuses
les unes que les autres, alors voilà ce qu’est la mort. Elle vous enveloppe de ses bras
froids et vous fait oublier vos maux. Après la mort, il n’y a plus de solitude, de souvenirs,
de colère et de peur. Il n’y a plus rien de tout cela, et plus rien de la guerre non plus. Il n’y
a plus que la paix ultime. Cependant, je dois admettre que je suis un gnome têtu. Moi, j’ai
toujours été attiré par la guerre. La paix, je n’en veux pas. Et la mort non plus.
Les murs ouest et sud ont tenu, mais l’est a faibli. Grydin en est sorti vivant de peu,
et je n’étais pas dans un meilleur état. Andra Mortemyre nous a sauvés, à nouveau. Mes
compagnons m’ont raconté leurs exploits guerriers. Selon eux et tous les villageois autour,
ils ont fait preuve d’un courage exemplaire. Grydin a tenu un long moment avant de battre
en retraite, les idées de Geld ont fait la différence et les coups volatiles d’Ealdor ont brisé
les soldats ennemis autant que leur détermination. Néanmoins, le vrai héros de la bataille
du sud a été Erik, si j’ai bien compris. Je peine à le croire tant les récits l’ont glorifié, maison dit de lui qu’il n’a fait qu’un avec sa rapière ; qu’il a frappé avec la force du désespoir et
une chance effrontée. On dit que les Orques ont ployé par dizaines sous son acharnement
et que sa technique a fait de l’ombre à celle des plus grands bretteurs.
Les chants guerriers sont une chose à entendre une fois dans sa vie.
Malheureusement, lorsqu’on ne se trouve pas du côté des chanteurs, on finit souvent par
ne jamais rien entendre d’autre ; surtout quand les paroles sont dictées par des shamans
Orques. Mes compagnons ont donné leurs ordres, mais je ne les ai pas entendus. J’étais
obnubilé par l’arbre embrasé à l’extérieur du village dont les flammes mystiques me
hurlaient de fuir. Les Orques ont chanté, mais leurs mots ont tranché dans nos cœurs
comme des lames acérées. J’ai senti la terreur m’envahir. J’ai senti mes jambes trembler
et mes forces me fuir comme si les feux de l’enfer étaient à leurs trousses. J’ai vu le feu
danser dans l’arbre et la désolation qu’il apportait. Et j’ai refusé de perdre.
Les mots ont quitté mes lèvres sans que je ne m’en rende compte. J’ai versé en
eux toute ma rancœur et mes peurs refoulées. J’ai parlé de courage venant d’un autre
temps et j’ai évoqué l’héroïsme des grands tombés à la bataille. Ealdor m’a insufflé son
courage et j’ai crié. À cet instant, peu m’importaient l’effroi et le chagrin. J’ai crié, et tout
Vireux m’a suivi dans ma fureur.
Les shamans se sont placés hors de portée des flèches et ont incanté. J’ai vu le
temps ralentir sa course et j’ai senti la magie déformer la réalité. Dans un dernier effort, j’ai
crié à nouveau. Cette fois, ça n’a pas suffi. La puanteur de la Nécromancie s’est répandue
dans tout le village, puis les morts se sont relevés. Une flèche a volé au-delà de la
palissade. Quand j’ai vu que l’archer était Grydin, j’ai su que le projectile ferait mouche. Un
des sorciers s’est effondré, mais la rage des autres n’a fait que s’amplifier. Les morts ont
quitté leur mutisme. Les vivants se sont fait dévorer. Nous avions perdu.
La chose la plus loufoque au sujet de la défaite est qu’on ne l’accepte jamais. Elle
déclenche en nous un dégoût étrange de notre propre personne. Nous avons souvent le
choix entre baisser les bras et tenir tête. Dans notre cas, il n’y avait plus d’espoir, mais les
têtes étaient toujours levées, les sourcils étaient toujours froncés et les lames toujours
brandies. Puis le cor de guerre a sonné. Mes camarades ont craint de nouveaux ennemis,
mais j’ai reconnu l’air rude de la corne des Nains et la silhouette du célèbre héros Krush.
Surpris par l’attaque, les Orques ont fait l’erreur de tourner le dos au village. Nous les
avons écrasés. J’aimerais pouvoir affirmer qu’aucun de nos alliés n’a péri dans cet ultime
effort, mais je me fourvoierais. Andra Mortemyre a trompé la mort deux fois et cette
dernière a finalement réclamé son dû. Quant à Julius, il a disparu sans laisser de traces.
Désormais, un mois est passé. J’écris ces mots en tentant de graver dans ma
mémoire tous les visages de nos soldats tombés au combat, mais les visages
s’entremêlent et je perds le compte. Les habitants de Vireux ne sont pas nés guerriers,
mais ils ont péri une arme à la main à la manière des plus glorieux combattants. Beaucoup
ont survécu, mais je ne saurais dire combien. La vague verte s’est finalement brisée sur le
village du promontoire rocheux. Vireux a tenu. Nous avons tenu.
Aboli bibelot d'inanité sonore.

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Tim
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Re: Le journal d'istok

Message#2 » 18 janv. 2018, 18:56

Mais quel héros cet Istoc...
Ne suivez point la voie de la folie ou on vous prendra pour un sage.

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